J’anticipe tout, tout le temps : comment me défaire de ces projections nuisibles ?

by: admin. /   mardi 14 avril 2020 18:27
femme detresse

Anticiper, c’est bien : cela permet d’être paré à toute éventualité, pour que les différents événements de la vie se déroulent le mieux possible. Mais pour certains, persuadés que tout va mal se passer, cela devient un réflexe pesant, voire très handicapant au quotidien. Témoignages, explications et solutions pour lutter contre ce que l’on appelle l’anxiété d’anticipation, avec la psychologue Mary Gohin.

Anxiété d’anticipation : quand l’angoisse du futur impacte le présent

L’anxiété d’anticipation, qu’est-ce que c’est ?

Corinne, 29 ans, n’est jamais rassurée. Quand elle pense à l’avenir, aussi bien aux gros événements - réussir sa vie professionnelle - qu’aux plus futiles - aller faire les courses -, elle angoisse. Elle angoisse "toujours pour tout et pour rien", et imagine constamment le pire. Une situation qui lui “pourrit la vie”, et à laquelle Mary Gohin, psychologue, fait référence avec le terme "anxiété d’anticipation".

Mais n’est-ce pas un pléonasme ? Après tout, la définition même de l’anxiété ne repose-t-elle pas sur ces projections négatives constantes ? "Non, assure l’experte. Parce qu’il y a des gens qui angoissent par rapport à des événements passés ou présents. Être angoissé par rapport à l’avenir, c’est une particularité de l’anxiété. "

Comment reconnaître une anticipation maladive ?

Et est-ce véritablement un problème, quand on sait que tout le monde est sujet à des anxiétés anticipatrices ? "C’est logique, puisque nous sommes des êtres pensants”, constate Mary Gohin. D’autant qu’anticiper, c’est bénéfique : imaginer comment un événement peut se passer permet de s’y préparer, et donc d’éviter de possibles erreurs. "On essaye de voir le pire parce que l’on sait au fond de nous que si l’on fait cela, ça n’arrivera pas ; c’est une crainte superstitieuse, on fait semblant, presque pour conjurer le sort. "

Sauf que certaines personnes se projettent toujours trop loin, trop souvent, trop ardemment, et surtout trop négativement. "Elles, contrairement aux autres, s’imaginent le pire parce qu’elles croient pertinemment que ça va arriver et que ça va être l’horreur. On sait que c’est pathologique quand cette anxiété s’accompagne de sensations physiques, communes aux crises de panique", précise-t-elle.

Respiration saccadée, palpitations, étourdissements... Une souffrance intérieure qui peut “aller jusqu’à une sensation de mort imminente”. C’est ce que ressent Marion, 30 ans, à chaque fois qu’elle prend le volant. Pour elle, conduire est digne d’un parcours du combattant. “Je ne faisais que penser à toutes les questions que ma mère me posait avant un trajet en voiture : ‘à cet endroit il y a un carrefour avec trois voies, tu vas faire comment ? Il y aura des voitures partout !’, ‘Dans cette rue il y a un feu rouge avec un démarrage en côte très compliqué, tu vas caler’… Du coup, au lieu d’appréhender l’obstacle la tête froide, je faisais n’importe quoi sur la route à cause de cet immense stress. "

Des causes multiples mais bien souvent similaires

Pourquoi ces situations du quotidien, plus ou moins complexes, peuvent être insurmontables pour certaines personnes ? "Les causes sont très multiples, affirme la psychologue, c’est quasiment du cas par cas. Cela peut venir de l’enfance comme de l’adolescence ou de l’âge adulte : quelque chose que l’on n’a pas dépassée, qui s’est rigidifiée dans le passé… Il n’y a pas de profil type. " Il n’est d’ailleurs pas rare que les individus qui en souffrent aient du mal à identifier par eux-mêmes un quelconque élément déclencheur. "Je ne sais pas d’où vient cette anxiété, car je pense l’avoir toujours eue", confie Corinne.

Pourtant, bien souvent, on retrouve chez eux un schéma similaire : "Généralement, les personnes anxieuses le sont parce qu’elles ont vécu dans un environnement anxieux, remarque Mary Gohin. Si l'on est anxieux, nos enfants seront plus susceptibles de l'être. " Un constat confirmé par Marion, qui explique qu’elle a mis "vingt ans à se rendre compte que cette anxiété [lui] a été transmise par [sa] mère". Pareil pour Antoine, 23 ans, qui remarque que ces deux parents ont "toujours été stressés, et dans le contrôle. J’ai conscience que lorsque je me projette, je reproduis ce que j’ai souvent vu ma mère faire : des crises d’angoisse. "

De lourdes conséquences pour soi, mais aussi son entourage

Les répercussions d’un tel état chronique peuvent en effet être lourdes avec, au-delà des sensations physiques, de véritables blocages psychologiques : Marion avoue avoir développé une phobie de la conduite, Corinne se renferme sur elle-même, Antoine n’ose plus faire certaines activités des plus banales comme aller au centre commercial. "Les personnes qui viennent me voir sont bloquées dans leur vie personnelle, explique Mary Gohin. L’anxiété d’anticipation peut entraîner des phobies, un déni, un évitement des situations redoutées", et ainsi un isolement.

Car c’est un cercle vicieux : "La peur peut affecter l’événement lui-même et nous emmener là où précisément nous ne voulions pas aller, mais ce constat ne nous empêche pas de recommencer à reprendre un autre scénario catastrophe sur un prochain événement". Une difficulté à lâcher prise qui mène inévitablement à un certain fatalisme : la personne touchée ne vit jamais l’instant présent et n’est jamais vraiment soulagée, trop préoccupée par ce qui pourrait éventuellement se passer. "Je vois toujours le verre à moitié vide, je suis souvent triste", remarque Corinne ; "Je vois la vie comme de simples étapes à franchir, des espèces de paliers, analyse Antoine : à chaque palier, je suis rassurée, mais ça ne dure que quelques secondes car les autres arrivent très vite, donc je suis envahi tout aussi rapidement" ; "On a le sentiment d’être ridicule par rapport aux autres parce que personne autour de nous n’a l’air de se prendre autant la tête pour ce genre de détail, déplore Marion, et on est en colère contre soi-même parce qu’on veut faire ce dont on en a envie et simplement profiter, sans se poser de questions".

Mais il y a également des conséquences pour l’entourage puisque, comme l’a expliqué experte, les angoisses de l’un peuvent facilement être absorbées par l’autre. Marion remarque d’ailleurs qu’elle a "bien souvent eu des remarques de [ses] amis, qui [lui] disaient qu’ils avaient stressé toute la journée à cause de ce [qu’elle] avait pu leur dire. Mais c’est devenu un tel automatisme que sur le moment, je ne m’en rends pas compte". Corinne, de son côté, a carrément "coupé les ponts avec [son] entourage. Mon compagnon se sent impuissant face à cette situation. "

Comment parvenir à s’en défaire ?

Se défaire de ces angoisses du futur démesurées et aussi variées semble donc bien compliqué, pour ces personnes qui s’imaginent que c’est sans issue. "Mais en réalité, ce n’est pas très grave, assure la psychologue : il faut simplement apprendre à gérer son anxiété. Et les parents qui savent la gérer apprennent à leurs enfants cette gestion. On ne peut pas leur dire que cela va disparaître ; c’est une partie d’elles-mêmes, un trait de caractère. Donc si on le fait, c’est comme si on les tuait. "

Alors comment faire ? D’abord, ne pas chercher à contourner le problème : "Si nous évitons l’événement qui fait peur, nous ne saurons jamais qu’en fait, l’anxiété pendant l’événement est très nettement moins forte que lorsqu’on l’anticipait", explique-t-elle.

Ensuite, se répéter cette "phrase magique" pour tenter de lâcher prise : "ça va passer". "C’est l’avenir, on n’y est pas encore. Il faut accepter d’être angoissé, d’avoir des signes physiques et pouvoir se dire qu’arrivé au moment redouté, on le sera beaucoup moins et ensuite, plus du tout. Il y aura d’autres angoisses qui viendront, certes, mais ce ne seront plus les mêmes". Et au final, l’anxiété d’anticipation est "très liée à la façon de penser. Ce sont souvent des personnes qui ont pris l’habitude de dire ‘et si’. Mais ce ‘et si’, il est mortel. Il faut donc qu’elles parviennent à se déshabituer à penser cela, et à se dire 'c’est maintenant ; demain, je verrai' ".

Enfin, si l’on veut accélérer le processus de guérison, mieux vaut envisager la thérapie : "Plus tôt on y va, plus vite on repart. Il y a des gens que je ne vois qu’une fois ou deux. En revanche, ceux qui viennent me voir parce que ça fait vingt ans qu’ils sont dans cet état… ça risque de mettre plus de temps. "

Marion est dans ce cas-là ; ça a pris du temps, mais elle a fini par sauter le pas. "C'est un long travail sur soi-même qu'il faut avoir la force de faire quand on est comme ça depuis des années, mais cela m’a déjà beaucoup aidée. "



Source: Doctissimo

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